Confronté à une hausse inquiétante des cas de cancers digestifs chez les personnes de moins de 50, voire 40 ans, l’Institut Gustave Roussy, a lancé une étude poussée pour tenter de comprendre les causes de cette flambée.
« Nous passons à côté de quelque chose. » Côlon, pancréas, foie, estomac, anus… Depuis une trentaine d’années, le nombre de cancers digestifs ne cesse d’augmenter chez les personnes de moins de 50 ans.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 15.000 personnes âgées de 20 à 40 ans souffraient d’un cancer digestif en 2022. Soit une hausse de 5,4 % des cas de cancers colorectaux chez les femmes et de 4,3 % pour les cancers du pancréas et de 5,4 % pour les cas de cancers du pancréas chez les hommes. Aux États-Unis, on estime désormais que les personnes nées en 1990 ont 2,3 fois plus de risques de développer un cancer digestif que celles nées en 1960.
Et si une étude parue dans le journal scientifique BMJ Oncology avance que ce sont les cancers de l’intestin, de l’estomac et du pancréas qui augmentent le plus, les scientifiques du monde entier ne parviennent pas encore à comprendre cette hausse. Et pour cause, les cancers digestifs chez les moins de 50 ans ne répondent que rarement aux critères habituels associés à la maladie, à savoir l’obésité, le tabagisme ou la consommation d’alcool en grande quantité.
300 malades, 800 000 euros de budget
Or, ces chiffres sont d’autant plus préoccupants que « ce sont des cancers graves, à mauvais pronostic », a expliqué l’oncologue Alice Boilève à « Sciences & Avenir ». « On compte moins de 10 % de patients atteints du cancer du pancréas vivants cinq ans après diagnostic. » Persuadé de « passer à côté de quelque chose », l’Institut Gustave Roussy a annoncé, début février, le lancement d’une étude inédite pour tenter de comprendre cette hausse inexpliquée.
Dans « Le Parisien », l’Institut Gustave Roussy a expliqué que ce programme, baptisé Yoda, pour Young Onset Digestive Adenocarcinoma, avait pour objectif de mieux comprendre pourquoi les cancers du système digestif progressent autant chez les moins de 50 ans. Aucun facteur ne sera laissé de côté : pollution, facteurs environnementaux (et polluants éternels) ou encore changements génétiques seront ainsi scrutés à la loupe.
Un budget de 800 000 euros a déjà été débloqué pour ce programme, qui va s’appuyer sur les données de 300 personnes de moins de 50 ans atteintes de différents cancers du système digestif. Des échantillons de cheveux, de sang, de graisse et des questionnaires sur leur mode de vie et leur exposition à différents produits sont notamment prévus. Objectif : obtenir des premières réponses d’ici à 3 ans.
D’autres études à travers le monde
Ces résultats pourront alors être croisés avec ceux des autres études lancées dans le monde entier. « Le Parisien » cite, par exemple, une étude américaine qui se concentre sur un possible lien avec la consommation répétée d’antibiotiques et l’exposition massive aux écrans, qui pourrait perturber les horloges internes et altérer le système immunitaire. Toutes ces études seront autant de pistes de réflexions. En attendant, il est essentiel de rappeler l’importance de la prévention et d’un suivi médical régulier pour déceler les moindres symptômes le plus tôt possible.
En cas de symptôme gastro intestinal persistant, il faut absolument consulter et insister auprès du médecin traitant pour avoir les bons examens de dépistage. Les cancers à des âges peu élevés sont encore rares et des médecins peuvent passer à côté.
Après 50 ans, un check-up complet tous les trois ans est impératif.
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